D’ingénieure médicale au lancement d’Entreprendre Transition, tout est possible !

Mais qu’est-ce qui m’a pris de lancer ce projet ?

Décembre 2019, je démissionne de la start-up où je travaillais. Mon domaine, c’était les sciences du vivant ou « Bioengineer » comme il est écrit sur mon diplôme. Mot que personne ne comprend. J’avais un diplôme d’études secondaire axé science et je voulais améliorer la vie des personnes malades. Avec du recul, cela était sûrement dû au fait que j’avais des proches autour de moi qui l’étaient à ce moment-là. L’ingénierie et le secteur médical me semblaient donc être une piste stimulante pour répondre à cette petite voix. J’avais tout de même hésité avec le cursus d’ingénieur environnement. Comme quoi au fond, j’ai toujours été passionné par le vivant.

L’entrepreneuriat sinon rien !

Je vais remonter un peu à la fin de mes études d’ingénieur. J’ai toujours eu du mal avec l’autorité, je me suis donc construite un projet de master sur mesure que j’ai proposé au Centre de Coopération et Développement à l’EPFL. Mon but : améliorer la prise en charge du pied diabétique au Cameroun. Dans les pays en voie de développement, la cause majeure d’amputation actuellement n’est plus les accidents sur des mines antipersonnelles mais une mauvaise prise en charge du diabète et de ses complications. Les citoyens Africains copient les modes de vie occidentaux, ils importent donc nos maladies chroniques, mais n’ont pas toujours le système médical adapté à leur prise en charge. J’avais fait un projet plutôt béton, en rencontrant des industriels, des professionnelles de la prise en charge de cette pathologie pour permettre de former des personnes sur place avec du matériel approprié. J’avais construit une application bêta pour mettre en relation habitants, infirmières, médecins et cordonniers (il y en a plein là-bas).

Malheureusement, lors de différents échanges, j’ai eu des commentaires du type « Combien nous rapportent ce projet à nous en tant que médecin ? », « Vous allez vous fatiguer avec ce beau projet, la corruption est grande aussi bien au niveau étatique que dans le secteur de la santé, ça fait 8 ans que j’essaie de faire bouger les choses ». On m’a mis des bâtons dans les roues, on m’a fait comprendre que la prévention, ça ne rapportait pas (nous avons le même raisonnement dans les pays du Nord également.

Bref la corruption, la quête de profit à tout prix et des temporalités de travail complètement différente m’ont fait arrêter ce projet après mon travail de Master.

Je voulais avoir un impact plus localement et rapidement. Je n’avais pas les armes pour me battre contre cela, je préférais mettre mon énergie ailleurs. J’ai énormément appris grâce à ce premier projet entrepreneurial, j’ai rencontré des personnes qui ont vraiment cru en ce projet et qui souhaitaient collaborer avec moi. L’équipe qui m’encadrait était géniale et j’ai fait mes premiers pas dans l’entrepreneuriat social avec eux !

Entre espoirs, claques et désillusions

Pleine d’espoir et d’idées, je veux continuer sur ma lancée entrepreneuriale, je suis admise dans le concours « Social Impact Award Switzerland» avec une idée : développer un outil de mise en relation de personnes atteintes de maladies chroniques et les rapprocher des différents praticiens. Le but, apporter un meilleur soutien aux personnes traversant une maladie et les faire s’entourer de personnes qui traversent ou ont traversé des épreuves similaires pour pouvoir s’entraider et échanger.

Oui, cela attire moins d’investisseurs qu’une application pour perdre du poids mais bon… c’est un sujet qui me tenait à cœur.

 Je rencontre des acteurs locaux intéressés par le concept. Je trouve une 2ème personne pour travailler avec moi et nous « pitchons » notre projet devant le jury. Jury qui n’y connaît pas grand chose au sujet et qui ne comprend tout simplement pas qu’une personne mieux prise en charge et suivie émotionnellement a plus de chance de s’en sortir (les études le prouvent) et cela coûte moins cher aux assurances et services publics sur le long terme ! On permet donc aux patients de se sentir mieux et on explose moins les dépenses dans le secteur de la santé publique. Bref, nous n’avons pas gagné la finale.

Le programme terminé, la 2ème personne quitte le bateau, je me retrouve de nouveau seule avec ce projet, suis-je légitime au fond ? (Syndrôme de l’imposteur, bonjour !). Au même moment, je reçois une bonne offre dans une toute jeune pousse.

Quasiment en même temps, je prends une claque qui va vraiment me dégouter.

Un laboratoire pharmaceutique très connu m’envoie son service juridique pour enlever toutes les mentions de mon projet développé pendant le Social Impact Award. Ceux-ci ont repris le nom, une partie du concept. Rien à faire des petits jeunes qui ont eu la niaque de partir de zéro et qui n’ont pas encore eu le temps de déposer leur marque. On vient avec nos gros souliers, notre argent et tais-toi. C’est comme cela que j’ai définitivement abandonné ce projet.

Dégoûtée et écoeurée, tout simplement.

Le domaine de la santé est un gros business et personne ne se fait de cadeaux. Et je sais de quoi je parle.

Dur dur pour moi et mes rêves de changer le quotidien de personnes souffrantes. J’échangeais régulièrement avec, je connaissais bien leurs problèmes, j’avais vraiment envie, mais là, le dégoût avait pris le dessus.

Revenons à nos moutons. Je vous ai dit juste avant que j’avais reçu une bonne offre d’une start-up. Je l’ai acceptée pour me faire de l’expérience. J’y suis restée un peu plus d’un an. Le but du projet était de permettre à la population de mesurer sa tension en utilisant son smartphone. J’y ai développé des compétences de gestion de projet, j’y ai aussi rencontré des médecins passionnés par leur travail et des collègues plutôt sympathiques.

Mais bon, que dire du monde de la santé connectée. Monitorer un maximum de personnes pour avoir un maximum de données pour pouvoir leur vendre d’autres services, d’autres prestations. Les industries pharmaceutiques, assurances et entreprises lifestyle aiment bien ça. Moi, je n’étais pas convaincue de la pertinence de ce type de projet sur le quotidien des clients, oups, des patients !

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Je voyais le potentiel pour les pays du Sud qui n’ont pas accès à un tas de services et outils médicaux et pour qui un smartphone peut être un vrai outil de suivi et diagnostic.

Et puis bon, si on investissait plutôt dans le secteur de la prévention et qu’on repensait notre rapport au travail, nous n’en serions pas à dicter des messages sur iPhone pour dire aux personnes de faire des pas dans leur journée.

Bref, je ne sentais pas le truc. Et puis, il faut dire que j’étais dans une équipe 100% masculine avec une moyenne d’âge autour des 45 ans. Je ne me sentais pas écoutée ni valorisée. Je proposais des choses, mais il n’y avait pas de suite.

Savoir rester digne et aligner avec ses valeurs 

Est ce à cause de ma jeunesse, ou du fait que j’etais une femme, ou un mix des deux? Je ne pense malheureusement pas être la seule femme à avoir été confrontée à cela en milieu professionnel. 

Je voulais plus de responsabilités. J’ai donc dit “Merci et au revoir”.

Et là, que faire ensuite ? J’ai eu d’autres propositions d’emploi et aussi de cofondatrice de start-up. J’ai longtemps réfléchi et finalement j’ai dit… non.

Et, pour le coup, il a fallu assumer. Dire non à de bons salaires qui m’auraient assuré un bon confort de vie pour se retrouver au chômage et réfléchir à ce fameux projet qui me trottait dans la tête depuis un moment. 

Faire face aux propres peurs des autres

Faire ce choix, c’était aussi subir les réprimandes et incompréhensions de ma famille surtout. « Mais pourquoi ? C’est ton domaine d’étude », « Assure- toi de bonnes rentrées financières ! », « Tu vaux mieux que le chômage ». Bref, ils n’avaient pas compris mon choix. Et il a fallu assumer et avoir la tête solide, et encore aujourd’hui je ne suis pas tirée de tout ça…

Revenons à mon projet. Comme vous l’aurez lu juste avant, j’aime entreprendre tout simplement pour la liberté que cela me donne. Ayant toujours eu une pensée en arborescence, j’ai besoin de pouvoir explorer des thématiques différentes ainsi que des types de tâches variées pour trouver mon équilibre. C’est comme ça et j’en ai besoin. Je ne rentre pas dans une foutue case, je ne tiens pas trop en place. Et dieu sait qu’il y a beaucoup de personnes qui m’ont contactée et qui ressentent la même chose.

Mon gros problème est que la société nous fait nous sentir comme des extraterrestres, des gens en dehors de la norme et que plusieurs jeunes se demandent « mais pourquoi est ce que je ne suis pas comme tout le monde ?».

Ces jeunes finissent par s’isoler, déprimer et parfois ça finit tragiquement. Et ça, ça me fait sortir de mes gonds. 

Fin du mini coup de gueule.

Je voulais donc lancer mon projet. C’était mon désir sur le long terme alors autant commencer dès maintenant et ne pas attendre en me disant « il faut que tu te fasses ton expérience ». Je peux te dire qu’avec du recul, ton expérience, tu la fais en 10 fois accéléré quand tu crées ton projet, tu te plantes, tu as tes premières petites victoires, tu apprends vite !

Et je ne trouvais aucune structure qui allait me permettre de me créer l’expérience que je voulais donc, c’était le moment.

Etre anticyclique c’est montrer un cap quand tout le monde se perd !

Vous voyez ou je veux en venir, crise COVID, bingo ! Alors oui, je me suis dit C’EST LE MOMENT !

C’est MAINTENANT qu’il faut se réinventer !

J’assiste à pleins d’événements en ligne en lien avec la transition écologique et sociale, mais du côté de ceux qui bâtissent, qui créent un nouvel imaginaire ! Et ça me dope littéralement.

Et j’ai oublié de vous mentionner que, derrière moi au-delà de plusieurs expériences dans le domaine de l’entrepreneuriat, j’avais aussi plusieurs années d’expériences en tant que militante pour la justice sociale et environnementale. J’avais organisé, géré, animé des projets sur ces sujets-là sur mon campus, entourée de dizaines d’autres personnes géniales. C’est là que j’ai énormément poussé ma réflexion sur le sujet. En assistant à des conférences, débats, discussions à n’en pas finir, j’ai beaucoup plus appris sur la réalité de l’état de notre monde et de son fonctionnement que sur les bancs de l’école. Et j’avais terriblement envie d’y contribuer. J’avais tellement baigné dans cet environnement de jeunes qui remettent en question un tas de sujets différents et qui proposent ensuite des alternatives que je ne pouvais pas sortir de cela. Le vivant était en danger et nous devions nous réinventer pour assurer un meilleur futur à notre génération et à celles à venir.

C’était là, devant nos yeux, en évidence, nous ne pouvions plus mettre d’œillères.

Du coup, je me décide, je prends un papier, un stylo et je commence à définir le projet et son modèle économique.

Je n’ai pas fait la liste de mes compétences, j’étais loin d’avoir toutes les compétences requises, et la plupart des entrepreneurs ne les ont pas quand ils commencent. On apprend sur le tas.

Honnêtement, je pense que j’aurais laissé traîner ce projet qui trottait dans ma tête depuis un moment s’il n’y avait pas eu la crise sanitaire. C’était vraiment le moment et le chômage me le permettait, enfin, je me le suis autorisé plutôt.

Et qu’est-ce que c’est dur d’accepter ce statut de « chômeuse », on vous donne tellement l’impression d’être un déchet pour la société. Mon projet n’était pas reconnu, je n’avais aucun soutien, aucun conseil pour la création d’entreprises, débrouille-toi, mais trouve-toi un travail ! Tu coûtes à la société. Je résume le sujet, mais c’est en tout cas ce que j’ai ressenti de chaque appel que j’ai eu avec ma conseillère et que j’ai encore, car je n’en suis pas totalement sortie. Eh oui, ça ne prend pas quelques mois d’être financièrement viable !

C’est donc armée d’un stylo, de papier et d’une grosse détermination que commença à germer concrètement ce projet en mai 2020.

À travers cet article, vous vous serez peut-être reconnu(e), peut-être pas. Ce fût des années d’apprentissage, de prise de conscience et de désillusions pour finalement décider de faire partie de celles et ceux qui construisent ce fameux monde de demain, mais dès maintenant ! 

Toutes ces expériences entrepreneuriales m’ont énormément apporté, j’ai beaucoup appris sur le tas et je suis à  l’aise avec le lancement d’entreprise et tout ce qui en découle. Même si ces projets n’ont pas abouti, non pas forcément à cause de l’idée mais plutôt pour les raisons que je vous aies évoquées, j’ai fait des erreurs, mais aussi de bons choix.

Je me suis ainsi construite mon expérience en itérant, testant, en allant au culot, en me prenant des portes dans la tronche mais aussi en serrant des mains qui se sont tendues. Et beaucoup de ces compétences seront utiles quel que soit le secteur où vous choisirez d’entreprendre.

Pas besoin de MBA, pas besoin de s’endetter pour un bout de papier, des milliers de livres et contenus gratuits sur internet vous permettront de vous former par vous-même, mettez les mains dans le cambouis !

Sur ces mots, je vous propose de me suivre dans le prochain article qui sortira  afin que je puisse vous partager mes apprentissages liés au lancement du projet Entreprendre Transition auquel j’ai pensé secrètement dans un coin de ma tête depuis longtemps. Et il ne sort pas de nulle part. 

À très vite !


 

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