Du monde de la finance à la livraison à vélo, le saut dans le vide de Thierry.

Thierry l’a toujours su. Il voulait contribuer à son échelle à un monde meilleur. Et puis bon, quoi de mieux que d’être aussi son propre patron pour regagner en liberté. L’histoire de Thierry, c’est l’histoire d’un saut dans le vide. Mais un saut contrôlé, un saut qui s’est préparé. Est-il retombé sur ces pattes après ce départ ? C’est tout l’objet de l’échange que nous vous avons écrit. Envolons-nous avec lui, entre zones calmes et zones de turbulences.

Thierry, pourrais-tu nous présenter en quelques phrases ton projet ainsi que les valeurs qu’il incarne ?

Je voulais vraiment me lancer et je voulais agir à mon niveau pour lutter contre le changement climatique. J’avais de nombreuses idées mais j’ai choisi l’alimentation car c’est un domaine qui concerne chaque ménage et ce secteur est responsable de beaucoup d’émissions de gaz à effet de serre. C’est comme cela que sont nés Les  Vélos du Marché, mon projet de livraison à vélo des produits du marché. Je propose donc des produits locaux, de saison, de qualité et en circuit court en livrant de la manière la plus écologique qu’il soit, c’est-à-dire en vélo.

C’est une petite structure donc l’impact est faible pour l’instant, mais je pense que nous devons faire ce que nous pouvons chacun à notre niveau. J’étais vraiment poussé par l’envie d’essayer avec l’ambition de contribuer dans le futur à une plus grande échelle si le projet fonctionnait.

Qu’aimes-tu en particulier dans ce projet ? 

J’aime beaucoup être mon propre patron, je m’organise comme je veux, je n’ai pas de routines avec des heures fixes. Je rencontre aussi beaucoup de producteurs locaux avec qui je discute régulièrement, je découvre ainsi régulièrement de nouveaux produits et apprends comment ils travaillent ! J’ai également beaucoup d’échanges avec les clients qui me font de supers retours ! C’est toujours très gratifiant. Et puis, j’ai l’impression d’être payé à faire du vélo, c’est plutôt sympa ! C’est vraiment satisfaisant de proposer des produits de qualités et de soutenir les producteurs locaux !

Est-ce que tu pourrais nous parler de tes débuts sur ce projet ? 

J’allais déjà au marché pour faire mes courses donc je connaissais un certain nombre de producteurs. Je leur ai parlé de mon idée, j’ai été assez surpris car certains n’étaient pas du tout motivés par le projet, trouvant contraignant d’ajouter un système de livraison en plus, mais d’autres trouvaient l’idée très chouette. J’ai donc commencé avec un noyau de producteurs motivés. C’est très important d’avoir cette base solide de départ. Et je ne parle pas uniquement de producteurs de fruits et légumes, j’ai tout de suite pu proposer du pain, du fromage, des pâtes fraîches et de la bière. Cela m’a permis de toucher davantage de clients. Ensuite, via le bouche à oreille, certains producteurs m’ont recommandé à d’autres et j’ai agrandi petit à petit mon catalogue de produits proposés.

Quand as-tu commencé cette aventure ?

En 2019, j’ai fait quelques journées de test: j’ai demandé à mon réseau d’amis de me passer des commandes à l’aide d’un questionnaire Google Form. C’était des pseudo clients mais je voulais faire ce test grandeur nature. J’ai vu que ça fonctionnait et que c’était plaisant, du coup début 2020, je me suis vraiment lancé. Dès février, j’avais de parfaits inconnus qui se sont inscrits, je ne sais même pas comment ils ont entendu parler de moi. J’ai l’impression que les réseaux sociaux fonctionnent plutôt bien pour me faire connaître. J’ai maintenant un noyau solide d’une trentaine de clients plus quelques dizaines de clients occasionnels. Je suis seul, ma structure est assez légère et ne demande pas de financements conséquents mis à part pour le site web. Du coup, je n’ai pas besoin de centaines et centaines de clients pour pouvoir tourner. 

Est-ce que tu as eu des moments de galères au lancement officiel de ton projet ?

Je dois avouer que c’était quand même assez dur, car quand on lance son projet on est souvent très optimiste, sinon on ne le lance pas enfaite ! Je m’attendais à ce que dès le départ, j’ai un nombre de clients qui soit satisfaisant,  ce qui n’a pas du tout été le cas. En fait, même mes amis qui ont commandé pour les journées tests, n’ont pas recommandé tout de suite quand je me lançais pour de bon.  C’était assez dur et décevant pour moi.

« Au début, ça peut sembler être un échec parce que le succès n’est pas au rendez-vous, mais le succès, ça prend du temps. »

Cependant, je fais partie des chanceux de 2020, car le coronavirus a grandement favorisé la livraison à domicile, ce qui m’a permis de me faire connaître. Beaucoup de personnes ont testé mes services à ce moment-là et j’ai pu fidéliser un certain nombre d’entre eux qui ont bien apprécié ce service.

Mais les débuts ont quand même été très durs. J’avais l’impression que lorsque je communiquais, ça n’avait aucun impact. Nous touchons pas mal de personnes via les réseaux mais au final une très petite partie devient clients. C’est assez stressant et on peut perdre un peu confiance. Il faut savoir être patient.

Il y a également un obstacle récurrent avec des projets comme le mien car il faut faire passer un petit cap, un petit déclic chez les gens pour qu’ils changent leurs habitudes et ça peut prendre du temps. 

C’était quoi ta vie avant ce projet ?

J’ai été diplômé à HEC en finance et comptabilité. Avant Les Vélos du Marché, j’étais contrôleur de gestion pour une PME dans le domaine de l’immobilier. Ce n’est pas un milieu tout noir mais il n’est pas tout blanc non plus. Il y a pas mal de choses qui m’ont déçu notamment le fait que dans ce monde-là, les considérations environnementales passent vraiment au 2nd plan.

« Quand j’essayais d’aborder ces questions-là, le sujet était très délicat et je me faisais souvent moquer. Pourtant, c’était un sujet qui me tenait à cœur.  »

C’est à côté de ce travail que j’ai commencé à imaginer Les Vélos du Marché. Et j’ai commencé à l’imaginer plutôt par le côté chiffré en faisant des budgets prévisionnels. C’était mon métier alors je savais très bien le faire. Ensuite j’ai regardé le côté opérationnel et j’ai commencé à faire mes premiers tests en parallèle de mon job que j’ai gardé à temps partiel une partie de l’année 2020.

Quand j’ai vu que c’était possible, soit je me lançais dedans et me donnais une chance pour de bon, soit je mettais le projet de côté. C’était le bon moment dans ma vie pour le faire. Je n’ai pas de famille à charge, j’avais un peu d’économie et je vis sobrement. Si j’échoue, ce n’est vraiment pas très grave, l’entrepreneuriat social c’est quelque chose que j’ai toujours voulu essayer, je voulais faire cela à long terme.

Et pourquoi te lancer tout seul dans cette aventure ?

Je me suis lancé seul dans cette aventure, car j’avais une idée assez concrète de ce que je voulais faire et je me suis dit que si je le faisais seul ça pouvait démarrer assez vite car l’investissement initial était faible et que la structure était assez facile à mettre en place. Mais plus tard, une fois que le projet tournera vraiment bien, j’espère que d’autres personnes se grefferont.

Penses-tu pouvoir vivre de ce projet sur le long terme ?

Oui, je pense qu’à l’horizon 2022, je pourrai en vivre d’après les projections que je me suis faites. Après, ce n’est pas toujours facile à anticiper quand on se lance, ça prend du temps pour trouver des clients, il y a donc de l’inertie pour se dégager un salaire. La plupart des entrepreneurs ont du mal à se rémunérer au début car pendant les premiers mois du lancement officiel de l’activité, on a déjà des charges à payer mais pas encore tellement de recettes. 

Pour l’instant, je me verse une salaire seulement symbolique. Mais si je continue à acquérir de nouveaux clients, ça ira mieux l’année prochaine. C’est sûr que ce ne sera jamais des salaires comme je pouvais en avoir avant mais ce n’est pas forcément très important car je vis assez sobrement.

Un des partenaires des Vélos du Marché, assurant un vaste choix de fruits et légumes locaux
Pourrais-tu nous parler de ton modèle économique et de comment tu vois ton développement ?

Bien sûr, du coup je propose soit des paniers surprises de 2 tailles différentes que je compose moi-même soit je laisse les clients les composer eux-mêmes. J’ai l’impression que les gens apprécient beaucoup plus de pouvoir composer leur panier, c’est clairement cette option qui marche le mieux !

Après, au niveau de ma stratégie, c’est vrai que j’ai pensé à pas mal de services de livraison à vélo car c’est un domaine qui se développe beaucoup et il y a beaucoup de choses possibles à faire.

« Je pense qu’il ne faut pas essayer de se diversifier dans tous les sens au début. »

Du coup, maintenant que le système que j’ai développé fonctionne à peu près, je vais me focaliser là-dessus plutôt que de proposer d’autres services. 

J’aimerais par exemple travailler avec d’autres marchés dans d’autres villes. Il faut trouver des villes assez grandes pour avoir suffisamment de produits à proposer et de clients à livrer. Et il y a ensuite toute la logistique à gérer. J’essaye de me régler pour optimiser ce sujet, on verra ce qui marche le mieux !

Parlons, justement du passage à une plus grande échelle, penses-tu répliquer ce projet dans d’autres villes. Est-ce que tu veux former d’autres personnes ?

J’ai été assez rapidement contacté par 2 personnes venant d’Annecy et Bordeaux et qui voulaient créer Les Vélos du Marché dans leur ville. Ça m’a fait très plaisir parce que le but à long terme c’est de m’étendre. Mais c’est encore trop tôt, je dois tester encore pas mal de choses. Notamment l’aspect logistique. Pour l’instant je prépare les paniers chez moi car j’habite Lausanne mais si je veux m’étendre je dois trouver des locaux dans d’autres villes car ce n’est pas optimal de les préparer sur la place du marché ! Donc voilà, je dois me rôder avant au niveau de la logistique. Une fois que cela sera plus clair et que je tournerai à fond, je penserai à la réplication de mon modèle déjà par moi-même et ensuite pourquoi pas avec d’autres partenaires. La prochaine étape sera sûrement de livrer à Genève. Un projet est en préparation. Affaire à suivre…

Panier taille médium composé de produits venant de moins de 70km de Lausanne
Oui, et c’est vrai que cela pourrait permettre de mutualiser les coûts j’imagine ?

Oui, ce qui a coûté le plus cher est le site internet. Je pense qu’il y a tout intérêt à ce que tout le monde en profite car le plus gros du travail a été fait. Je peux désormais ajouter autant de villes et de produits que je veux, du coup,  ce serait malin de passer par ce site. C’est mieux que de repartir à zéro à chaque fois ! 

Quels conseils donnerais-tu à une personne sans ressources qui veut lancer son projet et qui ne sait pas trop par quel bout commencer ?

Avec vraiment zéro ressources, c’est difficile mais avec un petit peu on peut trouver des choses à faire bien sûr ! Ma stratégie a été de voir si, déjà financièrement, le projet était viable. Car si ça ne l’est pas à long terme ça ne peut pas marcher ! Il faut au moins que le projet puisse survivre financièrement les premières années. En second temps, j’ai regardé au niveau opérationnel, voir si ce projet peut être mis en place de manière réaliste.

« Et puis ensuite la meilleure façon de se lancer est de vite se confronter au réel en faisant des tests comme je l’ai fait avec des proches. »

Après, je me suis rendu compte que les gens sont toujours prêts à nous donner des conseils, à mettre leur petite touche. On n’est pas obligé d’intégrer tous les conseils qu’on reçoit mais en écoutant un peu tout le monde, on fait mûrir le projet, et c’est super enrichissant ! Donc oui, il faut rester ouvert mais ne pas changer de projet toutes les 5 minutes parce que sinon on ne se lance jamais.

« Il faut garder une ligne directrice en étant prêt à faire des petits ajustements. »

La Brasserie Dr Gabs, un des premiers partenaires des Vélos du Marché
Pas de regrets pour l’instant du coup ? 

Oh non ! Des regrets, je pense que je n’en aurai pas, c’est une bonne expérience ! Et si ça ne marche pas sur le long terme, j’arrêterai et je me dirai que j’ai voulu faire quelque chose de différent, quelque chose qui m’aura plu, qui m’aura appris beaucoup de choses. Je ne regretterai pas, c’est clair. 

Et puis, ça fait du bien de voir qu’on n’est pas seul, on est pas mal à tirer dans le même sens. A lancer des activités qui aient un impact. 

« Si petit à petit on arrive à prendre plus de place dans la société, peut être que de nouvelles valeurs émergeront durablement. »

Du coup, ça en vaut clairement la peine ! 

Une bien belle façon de finir cette interview…

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